"dures ou molles ?"
En cette fin d'année 2000, il est nécessaire de
poser puis de laisser se reposer cette question essentielle : l'année
2000 fait-elle partie du XX° ou du XXI° siècle.
La 'pataphysique apporte enfin une réponse claire à cette question
qui a agité les esprits depuis plusieurs mois dans un joyeux travail
non réellement scientifique.
En effet que nous disent les sciences vulgaires à ce propos ? Finalement peu de choses que l'on peut classer en deux catégories :
Les sciences "dures", la physique, les mathématiques, l'astronomie, la comptabilité (à ce propos ne pas confondre les découvertes astronomiques et les découverts astronomiques) sont unanimes pour juger que l'année 2000 est la dernière du XX° siècle et que l'année 2001 sera la seule vraie première année du nouveau siècle et du nouveau millénaire confondus à leurs débuts. Les explications sont variées mais confuses et font toutes référence à la date de naissance d'un certain Jésus-Christ, né à une date indéterminée mais approximativement estimée à l'année 1 d'un calendrier assez répandu de nos jours dans le monde vulgaire. Dans cet éternel problème du nombre de pommiers et du nombre d'intervalles entre les pommiers, l'écart de 1 est démontré par les scientifiques durs qui ne mollissent jamais dans leurs explications, oubliant simplement d'enlever la pomme d'Eve (ou d'Adam) ce qui affecterait leurs calculs et leurs humeurs. Le pouvoir de la mathématique est ainsi sanctifié par ces penseurs de la dureté. Le pouvoir des médias, pourtant étendu sur les autres sujets d'actualité, a dû s'incliner et les journalistes ont dû en masse devenir durs à cette occasion au risque de paraître idiots. Certains pourtant résistent et restent idiots, plutôt que de paraître durs et compétents, mais ils sont en nombre très limité.
Les sciences "molles", humaines, sociales, poétiques, littéraires et comptables (à propos ne pas confondre les prix littéraires et les prix comptables) sont, de leur côté, partagées sur cette question mais privilégient nettement le charme des chiffres ronds, mous et jolis. 2000 cela n'est pas 1999, c'est plus joli, moins pointu... Bref 2000 c'est déjà le prochain siècle. Allez expliquer à un gamin joufflu en primaire (et fils ou fille de primate) que le XXI° siècle ne commence qu'en 2001, quand la Tour Eiffel s'embrase, que ses parents s'embrassent et qu'il est encore pour sa part sans bases mathématiques solides et dures. Même en prenant l'exemple illustre des pommiers, tout lecteur de la rubrique à brac vous fera remarquer que Newton a faussé les calculs en faisant une sieste sous un des pommiers de l'alignement. Si les sciences humaines attachent plus d'importance à l'humain qu'à ses mensurations, à la mollesse qu'à la dureté, c'est pour en faire un bon usage et assurer la reproduction de l'espèce et le développement de valeurs, cultures et autres bijoux de famille.
Les scientifiques sont donc partagés entre mous et durs (comme les amateurs de caramel incidemment).
Les religions (métaphysiques à défaut de
'pata) sont partagées itou, puisqu'à côté des bulles
papales ayant pris le parti des durs donc d'une année 2000 au XX°
siècle, la plupart des autres se moquent de ce problème comme
de l'an 2000, avec leurs calendriers vulgaires. Il est à noter cependant
que Dieu a pris parti, lui, et se rapproche d'une position 'pataphysique puisque
l'année deux mille, Dieu mit l'... Ansi l'année 2000 est la
date de naissance divine et officielle de l'apostrophe, ce qui ne peut être
que le début d'un nouveau mille énergique.
C'est ici qu'intervient la 'pataphysique et son apostrophe salvatrice.
LA science 'pataphysique regarde ces phénomènes avec toute l'attention qu'ils méritent, c'est-à-dire aucune bien évidemment. Les 'pataphysiciens ont choisi de désocculter leur Collège en cette année entre-deux justement pour enfoncer le clou sur la vanité des autres sciences (ou pseudo-sciences, c'est à dire des domaines qui n'ont de scientifique que le pseudonyme). Comment clamer à l'univers entier mais néanmoins vulgaire que cette année était entre deux mondes ? En désoccultant le Collège, pardi ! Le signal binaire est ainsi facile à décoder (0-1, mou-dur) même pour les journalistes scientifiques.
Après ce rappel trivial des événements, il nous faut cependant apporter deux correctifs importants et qui nous différencient du Collège de 'pataphysique :
1) Des analystes pressés d'en finir avec les longues alternances de mou-dur pourraient proposer de définir le début du XXI° siècle au jour de la désoccultation du Collège ! Tout ce qui était avant serait du XX° siècle, tout ce qui est après serait du XXI° siècle ! Quelle folie !!! Tout ceci ne résout en rien le fait de savoir si ce jour lui-même fait partie du XX° ou du XXI° siècle, ni même l'heure exacte de la désoccultation elle-même, ou sa seconde ou sa picoseconde... Ces analystes oublient simplement que le seul vrai calendrier, le calendrier 'pataphysique, place cette année charnière en l'an 127 E.P.
2) Et justement ! L'apostrophe n'a pas encore été désoccultée par le Collège. Et pourtant c'est la clé du mystère. En effet, l'année 2000 étant l'année 127, c'est donc l'année sans 27, sans apostrophe. Or l'apostrophe étant l'essence même de l'univers (comme le krou est, rappelons-le, l'essence de l'awalé) une année sans apostrophe ne peut qu'être une année sans essence, une année sans, une sans-année.
La conclusion est ainsi éclatante : l'année 2000 n'appartient ni au XX° siècle ni au XXI° siècle. C'est une année sans. Une année pataphysique donc, comme les jours supplémentaires du calendrier 'pataphysique. L'année 2000 n'est donc ni dure ni molle. Ce qui laisse beaucoup d'espoirs pour l'année 2001 que nous aborderons lors d'un prochain numéro.
Le prowwwéditeur
Post-sciptum
Enfin, on peut se demander pourquoi la 'pataphysique n'a pas posé cette question au tournant du XIX° siècle et du XX°. La réponse est vulgaire mais efficace : la 'pataphysique naissante n'avait pas encore perçu le rôle majeur de l'apostrophe dans l'univers qui n'était alors que le univers. A cette époque l'apostrophe était là, tapie au fond des casiers d'imprimeurs, pas encore codifiée en octets, pas encore asciisée. Mais surtout l'année 1900 était l'année 27 du calendrier 'pataphysique encore dans les limbes et vapeurs. Cela veut dire que l'année 1900 était par essence même l'année apostrophe, l'année 27. Cette protection apostrophique immanente a évité aux foules vulgaires en délire de se poser la question de la dureté ou de la mollesse de l'année, et ce d'autant plus que l'année 1900 n'était ni bi (sextile), ni une fin de millénaire (ou un début ?), donc peu importante.
En forme d'apostrophe finale, il nous semble, qu'après être soumise aux remarques de l'assistance, réelle et virtuelle, notre thèse devrait être gravée sur un support solide afin de profiter aux futures générations 'pataphysiciennes de l'an 3000 où la question pourra être reconsidérée dans un contexte renouvelé, puisque nous aurons alors mille cent vingt-sept, donc mille sans l'apostrophe, autrement dit mit le ... sans l'apostrophe. La question de l'an 3000 sera donc légèrement modifiée pour essayer d'identifier ce que nous pourrons bien mettre en l'an 3000 sans apostrophe.